Introduction
La « mosquée rose », ou mosquée Nasir-ol-Molk, est un site historique de Chiraz, en Iran. Ce qui la rend unique, ce sont ses mosaïques d’une grande finesse, les splendides lumières colorées qui pénètrent par les vitraux, et le rouge qui y domine. Je voulais réunir tous ces traits singuliers dans une image panoramique, à l’aide de l’objectif Sigma 8 mm, parfaitement adapté à l’exercice.
La prise de vue
Ce n’est qu’à la fin de l’automne et au début de l’hiver, lorsque le soleil est plus bas dans le ciel, que l’on bénéficie, à l’intérieur de la mosquée, d’une lumière intense au spectre étendu. Par ailleurs, la mosquée n’est ouverte au public qu’à certaines heures, et des groupes de visiteurs viennent souvent emplir l’espace. Mon premier défi fut donc de choisir la bonne période de l’année et la bonne heure du jour.
Mon travail porte sur les images panoramiques ou grand-angle de sites historiques et de belles architectures. La symétrie, à mes yeux, peut être la clé d’une composition forte lorsqu’on réalise des panoramas d’intérieur. J’ai donc placé mon trépied au point central exact de la grande salle de la mosquée. C’est là aussi que j’ai imaginé la composition finale, car je concevais une prise de vue qui exigerait d’assembler de nombreuses photographies en une seule image. Ce fut mon deuxième défi.
J’avais observé que le flot de lumière solaire atteindrait le côté droit de la mosquée vers 8 h, puis glisserait lentement vers la gauche jusqu’à midi, avant de s’estomper rapidement. Pour une symétrie de lumière maximale, j’ai pris mes photographies à 10 h, moment où chaque rayon pénétrant à l’intérieur était presque parfaitement symétrique, avec autant de lumière du côté droit des fenêtres que du côté gauche. Il me fallait faire vite : cinq minutes de retard seulement, et cette symétrie m’aurait échappé.
Le troisième défi consistait à maîtriser avec précision, dès la prise de vue, la lumière des mosaïques colorées — le trait le plus distinctif de la mosquée. Il me fallait choisir les bons réglages de l’appareil.
- J’ai réglé mon appareil en mode manuel (M), de manière à réaliser trois vues en bracketing d’exposition, aux valeurs −2,5 ; 0 et +2,5 (soit deux diaphragmes et demi de sous-exposition, l’exposition mesurée, puis deux diaphragmes et demi de surexposition).
- J’ai réglé le diaphragme — autrement dit l’ouverture — sur f/8 (la valeur à laquelle le fisheye Sigma 8 mm offre son meilleur piqué, tout en assurant une profondeur de champ suffisante).
- J’ai opté pour une sensibilité de 500 ISO, car toutes mes images devaient ensuite passer par le « mappage tonal » (tone mapping) avec le moins de « bruit » possible.
J’ai pris toutes les images au format RAW. Le mappage tonal et le développement des fichiers RAW sont décrits dans la section suivante.
Mon quatrième défi : parvenir à photographier le lieu malgré la foule. Les visiteurs se pressaient nombreux dans la mosquée, mais ma technique panoramique m’a permis d’y faire face sans peine ! Après m’être assuré que mon trépied était bien fixé, j’ai commencé à photographier, une vue après l’autre, jusqu’à obtenir les quatre angles souhaités. Les vues où apparaissaient des personnes ont été reprises une fois celles-ci parties. Vous pouvez remplacer les photos d’origine par celles de ce « second passage » ; et si ce n’est pas possible, peu importe : prenez de nombreuses photos, puis masquez les personnes dans le panorama final. J’insiste : ne déplacez surtout pas votre trépied ! Et soyez attentif au moindre changement de lumière pendant la prise de vue panoramique ! Le ciel en est un bon exemple : s’il est nuageux et que les nuages filent vite, certaines photos seront privées de soleil direct. Votre résultat final en pâtira sérieusement !
J’ai utilisé un fisheye de 8 mm et pris seulement 4 photographies sur un tour complet. Mon appareil était monté à la verticale, et j’ai photographié dans chacun des quatre axes, à 90 degrés d’intervalle. J’ai ensuite pris une photo du plafond, puis, pour finir, une image dirigée droit vers le sol (afin de masquer mon trépied). Pour cette dernière photo du sol, j’ai légèrement déplacé le trépied, mais de sorte que l’appareil reste exactement à la même position que pour les autres images (il suffit pour cela de régler la hauteur de chaque pied : deux seront plus longs, un plus court, et le trépied formera un certain angle avec l’horizontale). Par ailleurs, une tête panoramique est indispensable pour obtenir des résultats précis et éviter les défauts d’alignement. (Pour en savoir plus sur cette technique, cherchez « how to shoot nadir » sur Google.)
Voici les six photos, à titre d’exemple.
Voici quelques photos supplémentaires de la mosquée, qui éclairent davantage son architecture.
Photo supplémentaire 1. Les vitraux vus au fisheye, en « perspective longue ».
Photo supplémentaire 2. Les vitraux vus au fisheye, en « perspective courte ».
Le post-traitement
Toutes les images ont été prises au format RAW. La première étape consistait à supprimer toute aberration chromatique et à harmoniser la balance des blancs, afin qu’elle soit identique d’une photo à l’autre.
J’ai importé mes photos dans Adobe Lightroom. Dans le panneau Corrections de l’objectif, j’ai cliqué sur Supprimer l’aberration chromatique, puis, dans le panneau Réglages de base, j’ai ajusté la balance des blancs et la température de couleur.
J’ai ensuite sélectionné toutes les images et synchronisé les réglages, ce qui a appliqué mes choix à l’ensemble des images en une seule fois.
Enfin, j’ai exporté les images en fichiers TIFF 16 bits.
Venait ensuite l’assemblage, pour lequel j’ai utilisé PTGui Pro.
Si des personnes apparaissent dans le panorama, vous pouvez les masquer à l’aide des outils proposés par ce logiciel. Veillez aussi à bien aligner votre panorama : l’alignement est une étape essentielle pour obtenir un rendu harmonieux et la symétrie recherchée.
Les vues ayant été prises en bracketing, j’ai sélectionné le mode HDR du logiciel, en choisissant les options Enable HDR Mode et Link Bracketed Images.
Dans les réglages de projection, j’ai choisi Little Planet ; puis, au moment d’exporter séparément les trois panoramas, un par exposition, j’ai sélectionné Blend Plates.
J’obtenais ainsi trois panoramas assemblés, chacun d’une exposition différente, prêts pour le mappage tonal (l’un sous-exposé, l’autre exposé au plus juste, le dernier surexposé).
J’ai réalisé le mappage tonal HDR avec Photomatix Pro. Dans la liste des préréglages, j’ai choisi Default, et dans Lighting Adjustments, Natural+. N’oubliez pas d’enregistrer votre image, une fois le mappage tonal effectué, en TIFF 16 bits : c’est ainsi que l’on préserve le maximum d’informations !
Dernière étape du post-traitement : développer le fichier TIFF « brut » issu du mappage tonal, ce que l’on peut faire dans Adobe Lightroom ou dans Photoshop. Pour ce panorama en particulier, j’ai appliqué les réglages suivants : Clarté (+70), Contraste, Noirs (−50), Ombres (−50) et Blancs (+30), car je tenais à soigner les hautes lumières.
Et voilà : le panorama est prêt !
Conseils
- Pour les vues d’intérieur en Little Planet, placez-vous toujours exactement au centre de l’édifice : vous obtiendrez une symétrie précise et une composition satisfaisante.
- Cherchez toujours ce qui fait la singularité du lieu que vous allez photographier. Fixez-vous un objectif, puis choisissez votre technique. Imaginez le résultat final avant même de commencer votre prise de vue panoramique.
- N’oubliez pas de photographier en M (mode manuel) : vos réglages doivent rester identiques d’une image à l’autre. Si vous travaillez en RAW, vous pourrez synchroniser la balance des blancs et la température de couleur sur ordinateur avec Adobe Camera Raw.
